Yinka Shonibare
Yinka Shonibare est un artiste britannique d'origine nigériane, né à Londres en 1962.
A l'âge de 3 ans, il se rend avec sa famille au Nigéria; il y reste jusqu'à l'âge de 16 ans et connaît durant cette période une vie très aisée. Pour décrire cette exceptionnelle aisance, il raconte que sa famille descend d'un roi, propriétaire d'esclaves, que son père était juge et que sa famille vivait au sein d'un quartier très bourgeois, dans une maison cossue avec chauffeur et serviteurs. (http://www.quaibranly.fr/uploads/tx_gayafeespacepresse/MQB-DP-Jardin-d-amour-Yinka-Shonibare-FR.pdf)
A 17 ans, Yinka Shonibare retourne en Angleterre; il passe son baccalauréat et poursuit des études aux Beaux arts dans une université prestigieuse. Il contracte une maladie qui le laisse handicapé à vie; il se déplace en fauteuil.
Au cours de ses études, il lui est suggéré, par un professeur, d'interroger un peu plus ses origines africaines. Il a alors l'idée de s'intéresser au tissus wax (Dutch) perçu comme typiquement africain.
Il traverse une période minimaliste (cf. "Double Dutch" en 1994).
Il expose, par exemple, sur des murs peints en rose brillant des carrés de peintures sur tissus wax. Okwui Enwezor,(curateur, critique, écrivain et poète, personnalité influente dans le monde de l'art contemporain) regarde cette installation comme une confrontation entre ce qui est habituellement catalogué comme "Afro-kitsh" et ce qui était désigné de façon ironique à l'époque de l'empire britannique par les termes "colonial-kitsh" (http://asai.co.za/jdownloads/From%20the%20Third%20Text%20Archives/Recentering%20Artists/9._recentering_artists.pdf)
En 1998, il s'essaie à la performance et présente une série de tableaux vivants représentant la vie d'un dandy noir.
En 2002, Yinka Shonibare présente "Galantry and Criminal Conversation" où il est question de voyages; celui, en particulier, du voyage que font les jeunes gens huppés dans toute l'Europe pour compléter leur formation notamment artistique; ce voyage, appelé "Grand Tour" était l'occasion pour ces jeunes gens de faire du tourisme sexuel. Les termes "criminal conversation" qui signifient "adultère", évoquent plutôt la situation de l'homme marié qui profite d'un déplacement pour s'envoyer en l'air.
L'installation présente une série de mannequins sans têtes revêtus de vêtements d'époque confectionnés dans du tissus wax. Le procédé sera récurrent dans l'oeuvre de Yinka Shonibare.
En 2004, Yinka Shonibare est finaliste au prix Turner en 2004 (prix organisé par la Tate Britain à londres depuis 1984). Pour une raison mystérieuse il est décoré en 2005 du titre de "Most Excellent Oder of the British Empire", titre honorifique dont les britanniques raffolent, et que Yinka Shonibare accole à son nom qui devient: "Yinka Shonibare MBE". Yinka Shonibare est très fier de sa décoration.
En 2007, il présente au musée du quai Branly une exposition intitulée "Jardin d'amour".
Il met en scène à nouveau des personnages sans têtes, habillés dans des costumes du XVIIIes; ces personnages sont disposés ça et là, en couples le plus souvent, dans un décors censé évoquer des jardins paysagers à la française.Chaque "tableau" renvoie à une oeuvre de Fragonard.
D'après "Les hasards heureux de l'escarpolette" de Fragonard (à droite)
Yinka Shonibare mettrait ainsi ""en lumière le rapport tragique entre deux cultures, celle des "esclaves" et celle des "nobles", celle des africains et celle des Européens""(Ceroart, "Le jardin d'amour" de Yinka Shonibare au musée du quai Branly ou : quand l'"autre" s'y met https://ceroart.revues.org/386)
Avec cette installation Yinka Shonibare dit dénoncer l'insouciance des nobles qui n'ont rien vu venir et qui ont fini par avoir la tête tranchée à la révolution (d'où la disparition des têtes des mannequins).
Les personnages sont revêtus de tissus wax censé rappeler le tissu africain, pour signifier de façon symbolique que la douceur de vivre de la noblesse à l'époque reposait sur la traite des noirs. En élargissant le propos, Yinka Shonibare explique que l'opulence des uns repose souvent sur la misère des autres.
"Les pauvres d’aujourd’hui, ceux dont les objets forment les collections des musées ethnographiques à l’instar du musée du quai Branly sont donc en train de se révolter contre les riches d’aujourd’hui, en l’occurrence ceux qui possèdent les objets en question"(Ceroart, préc.).
En réalité, le tissus wax, inspiré du batik indien, que Yinka Shonibare affectionne, a été répandu en Afrique, par les puissances coloniales, la hollande notamment où ce tissus est fabriqué. Aujourd'hui, c'est ce tissus qui inonde le continent africain et qui empêche l'émergence d'une production textile locale.
Cet état de fait ne semble pas émouvoir Yinka Shonibare qui se félicite que le wax lui permette de relier de façon symbolique trois continents, l'Inde, l'Europe et l'Afrique.
Quoiqu'il en soit, ce qui frappe dans l'oeuvre de Yinka Shonibare, c'est cette exploitation d'une idée très simple: l'utilisation d'un tissus, perçu comme africain, comme tremplin vers une reconnaissance de sa qualité d'artiste sur une scène internationale toujours prête à l'auto-flagellation.
Yinka Shonibare a bien compris la mentalité européenne. Son grand avantage, par rapport aux africains restés au pays, c'est qu'il sait quel discours servir aux occidentaux pour arriver à ses fins.
Yinka Shonibare ne s'embarrasse pas de ses propres origines! Peu importe que sa famille descende d'un roi négrier (ou du moins propriétaire d'esclaves) et jouisse encore à ce jour d'une richesse mal acquise (selon son point de vu moralisateur) qui s'est transmise de génération en génération (on se demande, d'ailleurs, pourquoi Yinka Shonibare confesse cet aspect de sa biographie alors que son fonds de commerce est précisément de souligner que la richesse des puissances occidentales est issue de l'exploitation des colonies!).
Le tissus wax est là pour symboliser toutes les pratiques criminelles du monde occidental envers le reste du monde et envers l'Afrique en particulier.
Il fallait penser au tissus wax! mauvaise pioche, en l'occurrence, puisque ce tissus n'est pas africain, mais peu importe; pourvu que le public identifie ce tissus à une production typiquement africaine!
Par la suite, Yinka Shonibare a fait de ses mannequins vêtus de tissus wax sa marque de fabrique. Le message n'est pas toujours évident!
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